La Syrie a pour objectif de fermer définitivement d'ici un an ses camps de déplacés où sont détenus des milliers de civils liés au groupe État islamique (EI), dont des étrangers, a déclaré vendredi un responsable gouvernemental à Reuters.
Deux camps accueillant plus de 20.000 hommes, femmes et enfants liés à ce groupe sont installés dans le nord-est de la Syrie. L'un d'eux est tombé sous le contrôle du gouvernement ces dernières semaines, tandis que l'autre est toujours tenu par les forces kurdes.
Selon un décompte de l'Onu, les deux camps en question, Al-Hol et Roj, abritent 28.000 civils, principalement des femmes et des enfants, originaires en majorité de Syrie et d'Irak. Au total, 8.500 ressortissants étrangers seraient présents, dont des Français.
Le président syrien a annoncé mi-janvier un accord avec les forces kurdes qui prévoit leur intégration au sein de l'administration civile et militaire syrienne, la cession des provinces de Deir ez-Zor et Raqqa, et le transfert sous le contrôle de Damas et de l'armée américaine des ex-combattants de l'EI et de leurs familles détenus dans des prisons ou des camps sous surveillance kurde.
L'armée américaine a annoncé la semaine dernière qu'elle avait entrepris de transférer en Irak quelque 7.000 détenus. Un responsable américain avait précisé sous le sceau de l'anonymat que l'opération devait s'achever "dans les prochains jours".
Ces transferts - quelque 500 prisonniers depuis l'annonce - ont toutefois ralenti cette semaine, selon sept sources au fait du dossier, à la suite des appels de Bagdad demandant aux autres pays de rapatrier des milliers de djihadistes étrangers.
Alors que les Etats-Unis ont maintenu un millier de soldats sur le territoire syrien, le commandement central de l'armée américaine (CENTCOM) a opéré le transfert de 150 djihadistes de l'EI d'un centre de détention d'Hassaké vers l'Irak, dans le but de prévenir toute mutinerie dans les prisons autrefois sous le contrôle des Kurdes.
Les transferts concernent les détenus "les plus dangereux" qui viennent pour la plupart des prisons de la province d'Hassaké et plusieurs nationalités sont représentées, parmi lesquelles un certain nombre sont originaires d'Europe.
Selon des sources judiciaires irakiennes, les ex-détenus pris en charge à ce stade sont majoritairement d'origine irakienne mais des ex-combattants venus de France, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne et Suède ont également été recensés.
La Cour suprême d'Irak a annoncé la semaine dernière l'ouverture de procédures judiciaires à leur encontre.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avait pressé les pays concernés de "prendre leurs responsabilités et de rapatrier leurs citoyens" afin de les traduire en justice. "Les terroristes non-irakiens ne seront en Irak que temporairement."
Ce sont les Kurdes, avec le soutien des Occidentaux, qui ont défait en 2019 le groupe Etat islamique et mis à bas son "califat" dans le Nord-Est syrien, dont la capitale était Raqqa.
Plus d'une dizaine de camps de prisonniers sont établis dans cette zone et abritent aux côtés des combattants de l'EI, des femmes et des enfants, pour certains français.
La France a privilégié jusqu'à présent des rapatriements "au cas par cas", choix contesté par l'Onu et par l'ex-Défenseure des droits française.
La présidence française a demandé la semaine dernière dans un communiqué "une coordination au sein de la coalition anti-Daech pour assurer la sécurité et un transfert ordonné des centres de détention."
(Reportage Feras Dalatey à Damas, avec Ahmed Rasheed, Maya Gebeily et John Irish, version française Benjamin Mallet et Sophie Louet)

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